mardi 7 février 2012

Miso Soup, Murakami Ryu


« … comme si je n’avais pas affaire à des êtres de chair et de sang mais à de vulgaire peluches bourrées de polystyrène ou de sciure ».

Yannis me conseille beaucoup de lectures en ce moment, c’est en voyant les bonnes notes de ce livre sur Senscritique qu’il m’a proposé de lire ce roman (sans même savoir de quoi il parlait, MERCI !). Je me suis donc replongée dans l’univers Japonais, en tout points différent de son compère Murakami Haruki… Une bonne surprise !

Miso Soup narre l’aventure de Kenji  et d’un Gajin (étranger en japonais) dans les quartiers de Kabukichô (Tokyo). Le métier de Kenji n’est pas ordinaire, il est guide touristique by night, Kabukichô est le quartier des plaisirs de la chair. Il y guide pendant trois nuit Franck, un américain travaillant pour Toyota. Mais tout de suite, cet étranger lui parait louche, il aligne mensonges sur mensonges. Mais est-ce la situation actuelle du quartier qui modifie le jugement de Kenji (début du Sida, les étrangers sont mal vus), ou bien est-ce les événements meurtriers qui incitent à la suspicion (une prostituée est retrouvée morte, d’une mort non-japonaise selon les protagonistes) ? Franck serait-il le tueur ?

Ce n’est pas un roman policier, ni un thriller (plutôt un roman noir), le but de ce roman n’est pas d’enquêter sur un crime (ou des crimes), mais de comprendre pourquoi ce tueur a fait ce qu’il a fait. C’est un roman basé sur la psychologie et une tentative de comprendre la société esseulée Japonaise. L’auteur ne juge pas le tueur, mais la société en elle-même : la surconsommation et la fainéantise des Japonais à faire des rencontres (aller dans des Peep-show  - endroit où une femme se déshabille et vous masturbe - est bien plus facile que de séduire une femme). Murakami tente de comprendre pourquoi les Japonais en sont arrivés là et pourquoi cette population est bien plus différentes que les autres. Murakami arrive très bien à cerner la différence entre les prostituées Japonaise (notamment les lycéennes) qui font ce travail pour combler un vide ou juste pour avoir de l’argent, se payer de jolies choses et être la fierté de ses parents (en cachant leur véritable activité), et celles, immigrés, dont le corps est le seul revenu possible.

Murakami évoque lui-même son intention de peindre les oubliés : « La littérature consiste à traduire les cris, les chuchotements de ceux qui suffoquent, privés de mots… En écrivant ce roman je me suis senti dans la position de celui qui se voit confier le soin de traiter seul les ordures ».
C’est un récit très cru, où il est question de jeune homme voulant percé les yeux de ses semblables, de Tampax usagé retrouvé dans un cadavre, d’oreilles découpées insérées dans des vagins, du monde du sexe, de masturbation, de prostitution…  Les personnages ne sont qu’à peine vivants, les victimes ne sont pas nommées par des prénoms mais par des numéros, comme si ces dernières étaient interchangeables à l’infini, Kenji, quant à lui, a une vie lisse en surface, parce que cela est bien vu, qu’il apprécie certaines qualités pratiques chez sa copine Jun, cette dernière ne voit en Kenji qu’un moyen de ne pas passer Noël seule.

C’est une très bonne lecture, j’attend de voir les souvenirs que j’en garde pour vraiment le proclamer coup de cœur. En tout cas ce fut une très bonne lecture, j’ai beaucoup aimé plongé dans ce quartier que je ne connaissais pas, bien différent de l’image lisse et nette que je me faisais du Japon.

En bref : Une vraie réflexion sur la société Japonaise, des descriptions faites au scalpel, un réalisme frappant.

Les plus : La psychologie des personnages, l’univers d’un quartier de Tokyo peu connu

Les moins : Mon édition avait des fautes de frappes et, je pense, des maladresses de traduction. Peut être parfois trop violent.

Pour qui s’adresse ce roman ? J’ai vu que certains l'avaient assimilés à Bret Easton Ellis, pour ma part je n’ai pas encore lu cet auteur, du coup je ne peux rien dire. Ne convient pas aux lecteurs n’aimant pas les scènes de violences et/ou de sexes. 

3 commentaires:

Mélopée a dit…

Très tentée par ce livre ! La littérature japonaise, j'y ai quelques lacunes.

Sindy a dit…

De même :). J'essaye de m'y mettre par le biais de Murakami Ryu et Haruki. De même, j'essaye de me baser sur les têtes de gondoles que proposent les librairies.

Lib a dit…

Ah ce bouquin, il fait partie de ceux qui m'ont le plus marquée. Et c'est drôle, après toutes ces horreurs, le passage du livre qui reste le plus clair dans ma mémoire est celui où il parle des différentes façons de dire je t'aime ne japonais.